PARIS — Le site de rencontres et de “libertinage” Wyylde fait l’objet d’une enquête préliminaire, a appris POLITICO jeudi auprès du parquet de Paris. La procédure, ouverte ce mercredi et confiée à la section de recherches de Paris, intervient alors que la plateforme est soupçonnée d’avoir hébergé des vidéos de viols filmés en direct.
L’enquête porte sur des chefs de “fourniture d’une plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée”, de “complicité de diffusion de l’enregistrement d’images relatives à la commission d’une atteinte volontaire à l’intégrité de la personne”, d’“abstention volontaire d’empêcher un crime ou un délit contre l’intégrité d’une personne” et de “participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement”.
Sollicité, un représentant de la plateforme Wyylde n’a pas donné suite au moment de la publication.
La plateforme Wyylde est au cœur d’une vaste enquête de justice sur l’affaire dite des viols “libertins”, relatée par Le Monde dans une série d’articles. Dix-neuf hommes ont été mis en examen pour viols avec tortures et acte de barbarie dans cette procédure, qui a pour figure-clef “Christophe B.”. Pendant plusieurs années, ce dernier a utilisé Wyylde pour trouver des hommes prêts à avoir des relations sexuelles avec ses compagnes.
Christophe B. a également utilisé Wyylde pour diffuser en direct des vidéos de ces actes sexuels, visionnables par les inscrits sur le site.
“Libertinage” grand public
Actif dans plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, le Portugal ou l’Espagne, le site Wyylde revendique sept millions d’inscrits et quelque 700 000 visites par jour. Il dépend de la société Koala Interactive, immatriculée à Levallois-Perret en région parisienne, et qui compte plusieurs dizaines d’employés en France.
Cette entreprise opère depuis plusieurs années sur le marché des sites de rencontre “pour adultes”. Après avoir lancé dans les années 2000 le site Netechangisme, Koala Interactive et son fondateur, le développeur Kais Ahmed, ont lancé Wyylde.
Si une partie de la plateforme est gratuite, son modèle repose sur un abonnement payant qui donne accès à une messagerie, des tchats, des partages de photos et de vidéos ou encore des diffusions en direct. Wyylde revendique une communauté “respectueuse, ouverte et libre”.
Sur le site, consulté par POLITICO, on trouve cependant plusieurs dizaines de lives simultanés de vidéos d’exhibitionnisme ou de relations sexuelles en direct.
Wyylde s’était fait remarquer à l’automne 2024 avec une campagne de communication dans le métro parisien et dans les réseaux de transports de plusieurs métropoles françaises. Sur ses affiches, Wyylde promettait alors aux potentiels utilisateurs de venir “vivre ce que l’on ne peut pas montrer ici”.
Cette campagne a été lancée en parallèle du procès dit “de Mazan”, qui a vu comparaître plus de cinquante hommes accusés du viol de Gisèle Pélicot. Son époux, Dominique Pélicot, orchestrateur des abus, avait recruté ces hommes en passant par un autre forum en ligne, coco.gg.
Le site Coco constitue lui-même un précédent dans la manière dont la justice appréhende ces plateformes qui hébergent des contenus potentiellement illicites. Après l’ouverture d’une information judiciaire pour “fourniture d’une plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée”, le site a été fermé par la justice en 2024. Son fondateur, Isaac Steidl, a été ensuite inculpé en janvier 2025 à Paris, notamment pour complicité de détention et diffusion d’images pédopornographiques.