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Présidentielle : les 8 temps forts des candidats devant le Medef

PARIS — L’orage qui a grondé jeudi sur Roland-Garros n’a pas eu raison du débat, qui a duré trois heures, entre sept des candidats à l’élection présidentielle. Interrogés par cinq chefs d’entreprise à l’occasion de la rentrée du Medef, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Edouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Tondelier ont pu dérouler tour à tour leur argumentaire, non sans se donner quelques coups de griffe au passage.

Qu’ont-ils dit de neuf ? Que préparent-ils dans les prochaines semaines ? Qui a gagné à l’applaudimètre ? POLITICO, qui s’est bien sûr glissé dans les gradins, revient sur les moments les plus marquants d’une première rencontre pour le moins sportive.

1. Baisser l’âge de départ à la retraite, le “choix de société” de Marine Le Pen

Pas question pour Marine Le Pen de courber l’échine devant les patrons, notoirement défavorables à sa proposition de réforme des retraites.

Alors que le doute planait encore avant le départ en vacances de la candidate du RN sur la réforme qu’elle défendrait — Jordan Bardella, lui, avait fait miroiter une proposition de réforme sans âge légal de départ, dans le cas où il aurait porté les couleurs du parti —, la quadruple candidate à l’élection suprême a répété qu’elle défendrait le principe d’un retour à un âge légal de 60 à 62 ans suivant l’âge de l’entrée sur le marché du travail. Elle a dit “assumer” le coût supposé d’une telle réforme — 9 milliards d’euros par an, selon elle —, qu’elle a qualifiée de “choix de société”.

Hasard de l’actualité (ou pas) : au moment même où Marine Le Pen s’exprimait, Le Figaro annonçait que François Durvye, ancien collaborateur de Pierre-Edouard Stérin devenu conseiller économique de Jordan Bardella, polytechnicien et libéral assumé, avait décidé de ne pas participer à la campagne présidentielle de la championne du RN, en raison de ses divergences avec la candidate sur sa ligne économique.

On savait que le parti à la flamme préparait un contre-budget pour 2027, on connaît désormais l’ampleur affichée de son volet économies : “125 milliards d’euros”. Cette trajectoire “de rétablissement des finances publiques” sera présentée “avant les débats budgétaires”, soit début octobre, a promis la candidate. Sans s’avancer sur des postes de dépenses particuliers, Marine Le Pen a cité pêle-mêle “l’Union européenne, l’immigration, de nombreux instituts obscurs”. Par ailleurs, elle s’est dite favorable à “l’inscription d’une règle d’or dans la Constitution”.

2. Jean-Luc Mélenchon persiste et signe sur l’annulation de la dette

Pour sa première venue à la rentrée du Medef, le leader de La France insoumise a choisi son registre : l’interpellation des patrons — et ses concurrents qualifiés “d’assemblée des magiciens” qui ne “[veulent] plus rien payer” et discréditent sa proposition d’annuler les 18% de la dette française détenue par la Banque centrale européenne. Lui a décidé d’enfoncer le clou : “C’est une dette à nous-mêmes […]. Les Américains font ça, ils viennent de se racheter leur propre dette, et nous, on serait les seuls de l’univers à renoncer à cette possibilité ?”

Autre appel, cette fois, à destination de l’audience : “Je vous mets en alerte : le budget Lecornu, plus l’inflation alimentaire, si vous n’augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession”, avant de défendre ensuite l’augmentation du Smic.

Le candidat Insoumis a fermé la porte à la TVA sociale défendue par Patrick Martin. Idem pour la retraite par capitalisation : il faudrait “cotiser deux fois plus”. Pour rétablir les comptes publics, Jean-Luc Mélenchon a titillé son auditoire en imaginant, de manière “très provocante”, la suppression de toutes les aides publiques aux entreprises.

3. Gabriel Attal provoque Le Pen en duel

A Marine Le Pen, Gabriel Attal a opposé son calendrier de candidat — ramener le déficit public sous les 3% du PIB en 2032 et à l’équilibre en 2037 — et son bilan d’ancien Premier ministre. “L’Insee a établi que sur l’année 2024, pour la première fois depuis quinze ans, l’Etat a dépensé moins que l’année précédente”, a vanté le candidat de Renaissance, qui a imputé l’augmentation du déficit cette année-là aux dépenses sociales. Et d’en profiter pour cibler la favorite des sondages : “Vous avez voté contre les conditions face au RSA, contre la réforme de l’assurance chômage, contre la réforme des retraites… Dans les AG de copropriété, vous êtes celle […] qui vote contre toutes les provisions, toutes les économies, mais qui se plaint que l’ascenseur soit en panne”, a-t-il taclé.

Le député des Hauts-de-Seine a aussi décoché une flèche contre la réforme des retraites voulue par la candidate d’extrême droite, pour rappeler sa défense d’une part de capitalisation.

4. Bruno Retailleau pilonne “l’Etat bureaucratique”

Déjà invité l’année dernière par le Medef, Bruno Retailleau avait été de loin le plus applaudi des politiques sur scène. Pour tenter de réitérer la performance, le candidat de LR a énoncé le “premier problème des entreprises”, c’est “l’Etat bureaucratique”. Pour marquer sa différence, il a rappelé sa proposition de supprimer par ordonnances “une centaine de normes les plus stupides”, citant l’objectif de zéro artificialisation nette. L’abrogation du principe de précaution de la Constitution est aussi dans son viseur.

L’ancien ministre de l’Intérieur de Michel Barnier (qui fut le premier à introduire dans le droit français la notion de principe de précaution, en 1995), puis de François Bayrou a aussi tenté de se détacher nettement de l’héritage du président de la République : il a cinglé “l’échec” du “double quinquennat d’Emmanuel Macron”, affirmant en “[avoir] marre du ‘en même temps’”.

5. Edouard Philippe ressort des cartons son deal avec les patrons

Près d’un an après avoir mis sur la table sa proposition de “troc fiscal”, qu’il n’avait guère évoquée depuis, Edouard Philippe a tenté de se mettre dans la poche les entrepreneurs assis dans les gradins en réexpliquant sa mesure. Celle-ci consiste à supprimer 50 milliards d’euros d’impôts de production contre une baisse équivalente d’aides aux entreprises. Pourquoi ? Car les impôts de production sont, selon lui, assis sur une “très mauvaise assiette”, “soit sur la masse salariale, soit sur le chiffre d’affaires”, a-t-il détaillé dans un second temps.

Autre coup de pommade : outre la non-modification du Pacte Dutreil, le maire du Havre a promis la fin de la surtaxe de l’impôt sur les sociétés (près de 8 milliards d’euros par an), qui s’apprête à être reconduite pour une troisième année, au moins partiellement, par le gouvernement dans le prochain budget.

6. Raphaël Glucksmann croise le fer sur la taxation de l’héritage

Le candidat de Place publique a redéfendu l’une de ses premières mesures phares pour “une société de travailleurs et non de rentiers ou d’héritiers” : une baisse de la CSG compensée par une taxation des “mégahéritages”, censée rapporter 15 milliards d’euros, sans toucher à “99% des héritages”. “Le travail ne paie plus assez et c’est une menace pour la démocratie”, a avancé Raphaël Glucksmann, qui estime qu’“on est en train de recréer une héritocratie”, au risque d’une “société injuste et économiquement non dynamique”.

“Y en a marre de cet Etat vorace qui taxe tout ce qui bouge”, lui a répondu Bruno Retailleau, qui a dénoncé des “folies fiscales” et défendu, à l’inverse, une hausse du seuil d’exonération des donations à 150 000 euros. Le candidat de LR a aussi proposé une réduction de 40 milliards d’euros des cotisations, et l’exonération complète de charges au-delà de 35 heures.

7. Pour Marine Tondelier, pas de “liberté” sans lutte contre le changement climatique

Pas vraiment en terrain conquis, la candidate a lié dès sa première intervention l’activité économique à l’environnement. “La liberté, c’est maîtriser son écosystème”, a-t-elle plaidé après un été historiquement chaud, car “l’activité économique dépend aussi de la température qu’il fait”.

La secrétaire nationale des Ecologistes a usé d’une comparaison pour bien se faire comprendre : “Une journée de canicule coûte la même chose qu’une demi-journée de grève.”

Par ailleurs, Marine Tondelier, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann ont été les seuls à mettre en avant la question du climat, absente des autres interventions lors d’un débat de fait très axé sur l’économie et la vie des entreprises.

8. A l’applaudimètre : Le Pen boudée, Mélenchon (presque) épargné

Depuis les tribunes, une chose était saisissante : l’hyperfavorite de l’élection présidentielle, Marine Le Pen, a reçu un accueil frisquet. Pas d’applaudissements quand elle a taclé les sortants macronistes qui ont “plein de bonnes idées” maintenant qu’ils ont quitté le pouvoir, tonnerre de claps en revanche quand Gabriel Attal l’a caricaturée en Madame Casse-pieds en AG d’immeuble (voir plus haut).

Est-il pris moins au sérieux ? Jean-Luc Mélenchon, qui, en cette rentrée, paraît capable de se qualifier pour le second tour, n’a pas fait l’objet de la moindre huée. Voire, il a fait rire l’assistance de bon cœur quand il a fait mine d’avoir du mal à suivre “le cours rationnel des discussions”, d’un air grognon.

Parfois chahutée par l’assistance, Marine Tondelier a eu droit, quant à elle, à quelques vivats quand elle a cité un rapport du Medef, qui dit que “l’économie française ne pourrait pas tourner en 2050 sans 3,6 millions de travailleurs étrangers, c’est ça la réalité”. Les mêmes bravos ont accueilli Raphaël Glucksmann, qui a lui aussi défendu l’immigration de travail contre Marine Le Pen.

En bonus : les meilleures punchlines des candidats

Jean-Luc Mélenchon sur l’annulation de la dette : “Je ne suis pas en train de mettre en cause les créanciers privés… en tout cas à cette étape !” Puis, devant les exclamations du public : “C’était pour vérifier si vous suiviez.”

Edouard Philippe : “C’est le déluge et François Hollande n’est même pas là.”

Edouard Philippe à Marine Le Pen : “Merci de faire la promotion de mes écrits, mais je vous invite à les lire.”

Raphaël Glucksmann : “Etonnant de se prendre des leçons pour la dette de la part de deux ex-Premiers ministres d’Emmanuel Macron. C’est bien qu’il soit deux, il faut bien être deux pour défendre le bilan.”

Raphaël Glucksmann, encore : “La norme, c’est comme le cholestérol : y a de la bonne norme et de la mauvaise norme.”

Gabriel Attal à Marine Le Pen : “L’écran de fumée Jordan Bardella est définitivement tombé, on en revient aux classiques de Marine Le Pen, c’est sujet-verbe-immigration et, pour le reste, tout ce qui est économique, l’intendance suivra.”

Gabriel Attal, sur les salaires : “Je veux aller droit au brut.”

Marine Tondelier à Amélie Carrouër de LCI, qui essayait de l’interrompre : “Je parle pour deux, j’ai plus de temps” [la candidate Ecologiste est enceinte, NDLR]. Plus tard dans le fil des échanges, quand la journaliste lui souligne qu’elle est en avance sur son temps de parole : “Mais on a du retard sur l’écologie en France, ça compense.”

Bruno Retailleau : “C’est plus une politique fiscale, c’est une punition fiscale.”

Marine Le Pen, après avoir écouté Bruno Retailleau : “Je sais qu’il y en a qui savent qu’ils ne seront pas candidats très longtemps, mais de là à développer leur programme… ils pourraient répondre aux questions.”

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