PARIS — Un peu plus de deux semaines après le Playbook Paris Live, où Gabriel Attal, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon étaient reçus, trois autres candidats à la présidentielle étaient invités à s’exprimer ce mardi sur les enjeux économiques du moment lors du Sommet sur la compétitivité économique de POLITICO.
Voitures thermiques et droits de douane
Avec l’ouverture du Salon de l’Auto, c’est l’un des sujets d’actu du jour : l’interdiction de la vente des voitures à moteur thermique dans l’Union européenne à partir de 2035 — un accord pour assouplir cette mesure est sur le point d’être conclu entre la France et l’Allemagne. Sans surprise, Edouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Bruno Retailleau ne partagent pas le même avis sur la question.
Le candidat Horizons considère que cette décision est une erreur. “Une stratégie, ça doit s’appuyer sur une analyse précise des moyens qu’on est capable de mettre en œuvre. Et de fait, on n’a pas été capable de mettre en œuvre ce qui aurait permis de rendre cette stratégie possible, pour autant qu’elle ait été adaptée”, a-t-il estimé lors de notre sommet. L’ancien Premier ministre plaide pour une meilleure protection du marché européen via la mise en place de droits de douane élevés sur l’importation de véhicules chinois. Une question de “réciprocité”, a-t-il martelé pendant l’entretien.
Une vision rejetée quelques instants plus tard par Raphaël Glucksmann. “Je ne vois pas du tout en quoi cet objectif [de 2035] était une erreur”, a rétorqué le tout nouveau candidat du PS et de Place publique. L’eurodéputé plaide pour que les constructeurs automobiles se concentrent sur le développement de l’électrique. “C’est ça l’avenir”, a-t-il insisté, jugeant que l’Europe a “un énorme sujet de naïveté vis-à-vis de la Chine”.
Deux positions renvoyées dos à dos par Bruno Retailleau, qui a rappelé que le groupe du Parti populaire européen, dans lequel siègent les eurodéputés LR, s’était opposé à l’instauration de cette règle lorsqu’elle a été votée au Parlement européen. “Ma position, elle est très nette, elle n’a pas changé, ça fait des années que je le demande, je dénonce cet accord”, a insisté le candidat des Républicains. Il aurait préféré voir “imposer le principe de la neutralité technologique”, via un “cadre très exigeant”, mais progressif pour les constructeurs.
Sur la question des échanges commerciaux avec Pékin, le Vendéen rejoint la position d’Edouard Philippe en s’affichant en faveur de “vrais droits de douane” sur les importations chinoises. “A partir du moment où les règles ne sont pas loyales, on doit pouvoir les compenser”, a défendu Bruno Retailleau.
Energies
Autre dissonance entre les candidats : l’énergie. Pronucléaire, Edouard Philippe a insisté sur la nécessité de “défendre” et “favoriser” l’atome, tout en ajoutant que le “risque associé à [son] exploitation” est “réel”. Si, par mesure de sécurité, il fallait interrompre la production des centrales nucléaires françaises, il faudrait que d’autres technologies puissent prendre le relai et produire de l’électricité, a-t-il exposé, mentionnant les énergies renouvelables. Sinon, la France pourrait se retrouver dans une “situation qui peut-être terrible”, a-t-il prévenu. Le candidat Horizons est par ailleurs favorable à la construction de tous les réacteurs EPR2 envisagés par l’exécutif.
Du côté de Bruno Retailleau, le discours est beaucoup plus mesuré sur les renouvelables. Le candidat LR a confirmé vouloir couper leurs subventions s’il était élu, tout comme il compte abandonner la programmation pluriannuelle de l’énergie (la PPE3), définie par le gouvernement Lecornu. Prudent, Bruno Retailleau l’est aussi sur le développement des EPR2. Alors que la construction de six nouveaux réacteurs a déjà été décidée, “on verra” pour les huit autres prévus, a-t-il temporisé.
Vision de l’Europe
Face aux menaces en matière de défense, sécurité ou IA, Raphaël Glucksmann a répondu qu’il fallait “sortir de l’intergouvernemental” et que l’Union européenne devait assumer sa puissance dans le rapport de force avec la Chine ou les Etats-Unis.
“Il faut un instrument pour les financements européens. Si vous avez des financements européens, oui, vous allez voir que subitement les projets européens fonctionnent”, a-t-il plaidé. Pour le candidat PS-Place publique, la France a tout intérêt à diversifier ses alliances en ne regardant pas seulement vers l’Allemagne, mais en se tournant vers la Pologne ou les pays baltes. “La puissance française, elle se construira dans sa capacité à construire une coalition en Europe”, a-t-il martelé.
Pour Edouard Philippe, la relation franco-allemande est “absolument déterminante dans l’ensemble européen”, même s’il ne faut “pas réduire la politique européenne” uniquement à ce duo. Selon le candidat Horizons, la France aurait tout intérêt à “être plus crédible” et à “régler [ses] sujets” (comprenez : ses sujets budgétaires et le redressement des comptes publics), si elle veut retrouver du poids politique en Europe. “Nous sommes les seuls à ne pas savoir respecter des règles communes qui ont été respectées par tous les autres. Et ça, ça nous plante”, a-t-il déploré.
La question budgétaire, c’est par cet angle que Bruno Retailleau a abordé le thème de l’UE. Selon lui, la France doit “absolument” réduire sa contribution au budget de l’Union européenne, a-t-il estimé. Le candidat des Républicains a par ailleurs apporté son soutien aux Etats membres dits “frugaux”, partisans d’un budget de l’UE réduit. “Si la France ne fait pas partie de ces pays frugaux, ça veut dire qu’on a totalement perdu contact avec la réalité”, a jugé l’ancien ministre de l’Intérieur.
Mouvement lycéen
Interrogé sur son soutien au mouvement lycéen, dont c’était “l’acte V” aujourd’hui, Raphaël Glucksmann considère que son rôle n’est pas de manifester, mais “de répondre aux revendications des lycéens et de répondre à une angoisse qui est une angoisse existentielle”. Favorable à la suppression de Parcoursup, il souhaite remplacer la plateforme par “un procédé qui est transparent, mais qui ne peut pas être le retour à ce qu’on faisait avant”, car “ce n’était pas non plus fonctionnel”, a-t-il jugé, sans donner plus de précisions.
Pour Bruno Retailleau, il ne faut pas considérer que les lycéens qui expriment des revendications dans les médias “représentent tous les lycéens”. S’il reconnaît que certaines préoccupations sont “justes”, comme “sur Parcoursup ou sur une angoisse pour l’avenir”, il oppose par exemple les revendications des lycéens ruraux aux citadins. Et note que la situation est moins bouillonnante dans une grande partie du pays.
Le candidat LR a aussi critiqué la présence de la militante écologiste suédoise Greta Thunberg devant un lycée de Seine-Saint-Denis ce matin, jugeant qu’elle incarne une “écologie dévoyée” se résumant souvent à “une forme de gauchisme”.
Grégoire Lovergne a contribué à cet article.